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Biographie
Oskar
Dirlewanger

Parmi toutes les
unités de la Waffen SS, la Sonderbrigade Dirlewanger représente un
cas d’espèce. Il s’agit en effet d’une unité
de combat irrégulière dont la seule affectation consista uniquement
à lutter contre les partisans en Russie et en Pologne occupées.
Oskar Dirlewanger est né en 1895, à Würzburg. Il a délaissé les
bancs de l’université pour s’engager comme volontaire au début de la
Grande Guerre. Il fit ce que l’on appelait en France à cette époque
une « belle guerre », reçut plusieurs décorations et un grade de
lieutenant. Tout plaide pour qu’il ait très largement intériorisé la
culture de guerre qui légitimait la grande conflagration, et donnait
sens
au traumatisme de la mort en masse et de la violence infligée qui
atteignait de plein fouet toute la société masculine européenne.
Sa guerre, pourtant, ne s’arrêta pas en 1918. Il fut en effet de
tous les combats de l’Abwehrkampf, ce temps des troubles vécu par
les
Allemands sur le mode de la guerre, période qui vit des formations
paramilitaires se battre partout en Allemagne. Le parcours de
Dirlewanger est à cet égard un remarquable synopsis de ce que fut,
pour une frange importante de ces soldats non démobilisés dans
un pays vaincu, l’Entre-deux-guerres allemand. Il se battit dans le
Wurtemberg, en Bavière, en Rhénanie, et en Silésie, et participa aux
putschs völkische qui menacèrent la République de Weimar en 1924.
Si les événements guerriers semblent ensuite s’atténuer dans la
période de « normalisation » marquée par le passage à la
Chancellerie de Stresemann, Dirlewanger, lui, semble avoir continué
une guerre symbolique sur d’autres plans. D’une part, en rédigeant
une thèse d’économie politique réfutant point par point les méthodes
socialistes et communistes de planification de l’économie, et
désignant ces méthodes de planification comme une arme de guerre à
n’utiliser qu’en cas de belligérance — mais à utiliser dans ce cas
de la façon la plus complète —, il investissait tout son parcours
universitaire de son vécu de guerre.
D’autre part, sa trop grande familiarité à la violence laissait trop
de traces dans son comportement pour que sa réinsertion se passât
dans des conditions satisfaisantes. Il fut arrêté et condamné
plusieurs fois pour violences et agressions antisémites, et fut, en
outre,
détenu pour détournement de mineure. À la suite de cette
condamnation, il passa, après la Machtergreifung, par un internement
en camp
de concentration pour avoir tenté de faire pression pour que
l’affaire fût rejugée. Soldat et adhérent de la première heure du
NSDAP,
Dirlewanger alliait ainsi un profil de marginal, d’homme en guerre
dans une société restée normalisée au plan pénal, à des capacités
intellectuelles mises toutes entières au service d’une Allemagne qui
semblait ne pas cesser d’être en guerre.
Interrompue militairement en 1924 faute de nouveaux combats, la
guerre de Dirlewanger, apparemment continuée symboliquement sur
les « fronts » universitaire, politique et socio-criminel,
recommença effectivement en 1936, au moment où il s’engagea dans la
Légion
Condor, et fit partie de ces activistes NS qui vont épauler Franco
dans sa guerre contre les forces républicaines. Il fut alors intégré
à
la SS, organisme au sein duquel il jouit de la confiance de Gottlob
Berger, le futur recruteur de la Waffen SS, qui fut l’un de ses
compagnons de champs de bataille en France durant la Grande Guerre,
mais aussi de Victor Brack, l’un des grands personnages de
la Chancellerie. Fort de ses appuis, Dirlewanger arriva à faire
oublier l’affaire de mœurs, ainsi qu’un rapport du SD de Stuttgart
qui
l’accusait d’être idéologiquement peu sûr. Il suffit d’ailleurs à
Dirlewanger d’écrire une lettre personnelle à Himmler pour se voir
dédouaner sur ce plan.
Quoi qu’il en soit, Oskar Dirlewanger, pour atypique que fût son
itinéraire — bien rares étaient les officiers SS à être accusé dans
des
affaires de mœurs et à trouver encore grâce aux yeux de Himmler —
illustre bien sans doute l’un des facteurs qui déterminaient la
politique nationale-socialiste de lutte contre les partisans :
l’impossibilité — incarnée ici dans une biographie — de sortir de la
guerre,
la diffusion de la violence de guerre au sein de la société
allemande, même si Dirlewanger représente en la matière un exemple
peu
commun. C’est cet état de fait, entre autres, qui permet de penser
que la transmission de la grille de lecture née au sein de la Grande
Guerre s’est transmise aux conflits ultérieurs. Dirlewanger a,
semble-t-il, été l’un des acteurs actifs de cette transmission, lui
qui a été
de toutes les séquences de réactivation de la violence de guerre
dans l’aire germanique de 1914 à 1924 ; lui dont la seconde guerre
mondiale dure de 1936 à 1944 ; lui qui, sur une vie d’une durée de
50 ans, en aura passé 19 au combat et en activisme.
Homme de guerre, Dirlewanger ne l’est pas seulement parce qu’il a
fait campagne. Il l’est aussi parce qu’à l’instar de toute la
droite ‘’völkisch’’ allemande, il n’a sans doute jamais réussi à
trouver sa sortie de guerre, et que celle-ci a dans les faits duré
près de
trente années. Dirlewanger est donc tout à la fois un marginal — au
plan des comportements sociaux dans l’entre-deux-guerres —,
un activiste politique et un guerrier. La Waffen SS lui permet dès
1940 de créer une unité qui va fusionner en son sein ces trois
caractéristiques fondamentales de sa propre biographie. Une unité
qui, dès l’abord, tranche avec les pratiques de guerre en cours
jusqu’en 1940.
Démobilisé en
1918, le Dr Dirwelanger s'engage dans les corps francs, puis milite
au NSDAP dès 1923. Divers démêles avec la
justice le conduiront par deux fois en prison. Libéré, il est prié
de disparaître d'Allemagne et s'engage pour la guerre d'Espagne,
d'abord
dans le "Tercio", puis à la légion"Condor". En 1939, il revient en
Allemagne, entre à l'Allgemeine SS, puis en 1940, dans la Waffen SS.
En 1941, lors d'une rencontre avec son vieux camarade Berger, il lui
déclare, en parlant des prisonniers qu'il a connu dans sa vie
aventureuse : "Tu sais qu'on pourrait faire une unité fantastique
avec ces gens-là." C'est le vieux principe énoncé par Rudyard
Kipling :
"l'armée idéale serait composée de chenapans conduits par des
gentlemen...".
Mais Dirlewanger est tout ce que l'on veut, sauf un gentleman.
Berger se laisse convaincre et finit par convaincre Himmler de
donner à Dirlewanger sa chance. Himmler ne fait qu'une seule
objection : "qu'au moins "ces gens-là" ne portent pas au col les
deux lettres runiques de la SS." Les nouvelles recrues arboreront un
insigne spécial : deux fusils entrecroisés au-dessus d'une grenade.
L'unité portera différents noms, avant de devenir une division SS à
part entière : Sonderkommando, Einsatz Bataillon, puis SS
Sturmbrigade Dirlewanger, forte de 4000 hommes.
La SS-Sonderbrigade Dirlewanger vit le jour en juin 1940. Sa
constitution donna lieu à une grande opération de sélection de
détenus
dans les prisons, pour tenter d’assembler en son sein le plus
possible de braconniers. Rassemblée à Oranienburg, qui était tout à
la fois
le quartier général de la Waffen SS et l’un des grands camps de
concentration du Brandebourg, l’unité fut tout d’abord dénommée
« commando de braconniers d’Oranienburg ». Composée de quelques 150
braconniers, l’unité reçut une centaine d’hommes en renfort
au moment de sa première campagne dans le Gouvernement général, lors
de laquelle elle fut chargée de la chasse aux groupes de
partisans. De septembre 1940 à février 1942, l’unité y prit ainsi en
charge des activités répressives diverses, alternant garde de
ghettos
ou de camps de travail forcés, et lutte contre les partisans.
Dès cette première période, les autorités allemandes elles-mêmes
émettent des plaintes contre la tenue des troupes de Dirlewanger
et ses méthodes de combat et de garde. Le groupe se distingue en
effet par une brutalité extraordinaire, au point que des plaintes
aboutirent au tribunal de la SS de Cracovie, entraînant l’envoi de
l’unité en Biélorussie. C’est là, entre Minsk et Bobruisk, que
l’unité
Dirlewanger, dont les effectifs, constamment renforcés, atteignaient
désormais les deux milles hommes, participa aux grandes
opérations anti-partisans de l’été et de l’automne 1942. Ces grandes
opérations étaient tout à la fois de grandes campagnes de
ratissage et des opérations de fusillades en masse des dernières
communautés juives. L’unité Dirlewanger s’y distingua par sa
férocité,
et par l’usage qu’elle fit des ‘’Dorfenbrennungen’’, ces incendies
de villages ne laissant pratiquement aucun survivant parmi les
populations locales. Là encore, malgré une politique d’occupation
extrêmement brutale et un génocide alors à son point d’intensité
maximale, l’unité fut la cible de nouvelles plaintes pour
brutalités, venues cette fois de l’administration civile.
Le recrutement se fait dans les prisons et les camps de
concentration. On rencontre de tout : des allemands et des
étrangers, des criminels
de droit commun et des détenus politiques, des déserteurs, des
maquisards et des braconniers. Une seule catégorie est exclue : les
lâches.
Berger a donné, les yeux fermés, tout pouvoir à son vieux camarade :
"Tu as droit de vie et de mort sur tes hommes".
Couvert par ce chèque en blanc, Dirlewanger va multiplier les
atrocités. Dès le début 1942, Konrad Morgen, juge au tribunal
suprême de
la SS, décide de mettre fin aux brigandages de cette "unité
disciplinaire". À l’été 1944, alors que le front Est s’effondrait
précisément en
Biélorussie, la Sonderbrigade Dirlewanger n’était plus en Russie.
Elle avait été envoyée en Pologne pour réprimer l’insurrection du
ghetto
de Varsovie. Elle s’y distingua une fois de plus par la brutalité
déployée, et notamment par la pratique du rôtissage au lance-flammes
des
insurgés juifs capturés.
Lors de l'insurrection de Varsovie en août 1944, les deux unités les
plus impitoyables de la Waffen SS, les futures 29ème et 36ème
divisions, qui portent comme seuls noms ceux de leurs chefs (Bronislav
Kaminski et Oskar Dirlewanger), sont chargées de la répression.
Ces deux unités qui mènent, depuis le début de la guerre à l'est,
une atroce guerre contre les partisans soviétiques ont une théorie
qui a le
mérite de la simplicité : "Contre le terrorisme, une seule méthode,
la terreur."
L'Obergruppenführer Kruger, qui ne passe pas pour un tendre,
téléphone lui-même à Gottlob Berger : "Si "ces gens-là" ne
disparaissent
pas de la région de Lublin, je les fais tous coffrer".
Berger se contente de muter l'unité à Mogilev. La sale réputation
acquise en Pologne va se confirmer en Russie. Dirlewanger prend
l'habitude de faire déminer les chemins en y faisant précéder ses
hommes par des paysans russes.
Les villages sont brûlés. On fusille ou on pend. Tout suspect
devient aussitôt "partisan". Les prisonniers sont arrosés d'essence
et
brûlés vifs. Les femmes sont violées et égorgées. Les enfants sont
empalés sur des baïonnettes.... En une seule opération, en août
1943, Dirlewanger inscrit 15 000 têtes à son tableau de chasse. Son
unité n'a perdu qu'une centaine de soldats. Pendant ce temps, Berger
se
contente de jeter à la corbeille tous les rapports des autorités
allemandes, affolées par les "exploits" de l'unité Dirlewanger.
Pendant l'insurrection de Varsovie, l'unité de Dirlewanger va faire
montre d'une telle cruauté, qu'elle sera retirée avant la fin.
Renforcée
par de nouveaux détenus politiques provenant des camps de
concentration, l'unité devient la 36ème division SS. Ses soldats ne
se font
aucune illusion sur le sort qui les attend. Alors, ils se feront
tuer jusqu'au dernier, en Slovaquie, en Hongrie ou en Poméranie.
L'Oberführer Oskar Dirlewanger, blessé au combat en février 1945,
sera arrêté quelques semaines après la défaite allemande et trouvera
alors la mort "pour des raisons inconnues". Il serait enterré près
d'Althaus, mais certains prétendent l'avoir rencontré, par la suite,
en
Egypte ou en Bolivie. |